CicaNeuro veut traiter la maladie de Parkinson

Innovation Article publié le 18 septembre 2026 , mis à jour le 18 septembre 2026

Issue de plus de quinze ans de recherches réalisées au sein du laboratoire BioCIS, la start-up CicaNeuro conçoit un candidat-médicament visant à ralentir, voire à prévenir, la progression de la maladie de Parkinson. Cette pathologie neurodégénérative, dont les symptômes moteurs caractéristiques sont particulièrement invalidants, touche plus de 260 000 personnes en France.

La maladie de Parkinson touche près de 260 000 personnes en France. Les traitements actuels contre cette pathologie ne sont que symptomatiques. Ils sont généralement composés d’un précurseur de la dopamine qui permet aux neurones restants de fonctionner. Car la maladie détruit les neurones, et pour ceux qui sont déjà morts, il n’est plus possible de les récupérer. Les connexions entre eux sont diminuées. Conséquence : le patient ou la patiente est victime de tremblements, de mouvements qui se ralentissent et se figent. « Les malades meurent souvent de chute ou de fausse route lors des repas. Sans compter qu’un grand nombre souffre de dépression liée à la réduction de leurs capacités », se désole Bruno Figadère, chercheur au laboratoire Biomolécules : conception, isolement, synthèse (BioCIS – Univ. Paris-Saclay/CNRS).

En 2012, une observation fortuite réalisée à l’Institut du cerveau (ICM) par Rita Raisman-Vozari, en collaboration avec des chercheurs de l’Université de São Paulo au Brésil, montre qu’un antibiotique de la famille des tétracyclines, la doxycycline, utilisée contre certaines pathologies cutanées et infections bactériennes, peut protéger les neurones dopaminergiques vulnérables dans la maladie de Parkinson. « En tant que chimiste, je me suis dit que si ce composé perdait son aspect antibiotique, il pourrait devenir un candidat plus prometteur pour un usage clinique dans le traitement de cette maladie », explique Bruno Figadère.

L'équipe de BioCIS crée alors une tétracycline modifiée, dérivée de la doxycycline et dépourvue d’activité antibiotique. Des tests in vivo sont réalisés à l’Institut du cerveau, sur des rats. La moitié de leur cerveau a été rendue similaire à celle d’un malade de Parkinson grâce à une toxine. « Les propriétés neuroprotectrices de ce composé ont alors été démontrées dans plusieurs modèles précliniques de dégénérescence parkinsonienne, notamment grâce à nos collaborateurs de l’Institut du cerveau et de l’Université de São Paulo. En particulier, une protection des neurones vulnérables a été associée à une amélioration des performances motrices chez les animaux ayant reçu notre composé en traitement », ajoute le chercheur. D’autant que l’antibiotique a parfois été donné à des malades de Parkinson. Ces derniers ont eux-mêmes observé une amélioration de leur état et des symptômes moins marqués. C’est pour soutenir ce développement que Bruno Figadère crée en juillet 2025 la start-up CicaNeuro.

Vers un traitement thérapeutique

Le candidat-médicament que développe CicaNeuro se veut thérapeutique. « Au vu des effets in vitro, nous pensons qu’au moment où il est pris, notre composé va stabiliser le patient ou la patiente. Administré avant même les premiers symptômes moteurs, le malade ne ressentira aucun effet négatif de la maladie. Si on arrête le processus de dégradation, les neurones non fonctionnels pourront le devenir à nouveau, ce qui améliorera les symptômes », se réjouit Bruno Figadère. Selon le fondateur, la molécule aurait des propriétés au moins égales, voire supérieures, à celles de l’antibiotique. De nouvelles études, notamment réalisées avec l’IA, montrent que les personnes souffrant de troubles du sommeil paradoxal ont de forts risques de développer la maladie de Parkinson. « Si on parvenait à dépister ces personnes, et qu’elles étaient traitées avec notre composé, elles ne souffriraient pas de la pathologie. Au moment du diagnostic aujourd’hui, presque 50 % des neurones dopaminergiques ont déjà disparu », explique le cofondateur. Pour l’instant, ces résultats restent préliminaires, et il faudra encore beaucoup de temps et de moyens financiers afin d’en tirer un médicament.

De multiples appuis

CicaNeuro est incubée à l’Institut du cerveau à Paris. Le conseil scientifique regroupe des biologistes de l’institut qui apportent leur vision de la pathologie afin d’orienter le candidat-médicament vers les points les plus sensibles grâce à des biomarqueurs. « Ces derniers nous permettent de suivre le traitement et d’observer s’il fonctionne. C’est la partie la plus complexe de notre travail », explique Bruno Figadère. Le conseil scientifique est également composé de chimistes de l’Université Paris-Saclay. Depuis les débuts du projet, deux brevets ont été publiés, en 2021 et 2023, sur les tétracyclines modifiées avec des propriétés pharmacologiques à destination des maladies neurodégénératives. CicaNeuro a été lauréate de l’appel à projets du programme d’accompagnement Rise du CNRS et a obtenu des financements de CNRS Innovation, de l’Institut du cerveau (NeurAL), de Bpifrance, ainsi que la Bourse French Tech Lab (BFT Lab), ce qui lui a permis d'obtenir des fonds.

Après une première preuve de concept en 2025, les équipes préparent un plan de développement pour la phase préclinique consacrée aux études toxicologiques chez plusieurs animaux. Elles se penchent également sur une formulation destinée à l’être humain afin de déterminer la plus forte dose administrable sans occasionner d’effet secondaire. « Nous sommes actuellement dans la récolte de données précliniques et préréglementaires pour déposer un dossier auprès de l'ANSM [Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé] dans les deux ans », ajoute le chercheur.

Une possible mise sur le marché dans dix ans

Là où des médicaments mettent en général quinze ans à arriver sur le marché, celui de CicaNeuro, conçu à partir d’un antibiotique connu, verrait le jour plus rapidement. « Les principales difficultés rencontrées par les candidats-médicaments, notamment en termes de toxicité, de franchissement de la barrière hémato-encéphalique ou de métabolisme, ont déjà été résolues pour notre composé. Nous ne nous attendons pas à de mauvaises surprises à ce niveau-là », rassure Bruno Figadère. Le fondateur espère donc, malgré avec un TRL (Technology Readiness Level ou niveau de maturité technologique) de 3-4, et à condition de trouver des investissements, une mise sur le marché en dix ans, soit en 2035. Une durée incompressible, nécessaire pour étudier les maladies chroniques à progression lente comme celle de Parkinson.

Une première levée de fonds, ou « pre-seed », est prévue d’ici fin 2027 afin de soutenir la production de lots cliniques et l’industrialisation du procédé. Là où la start-up fabrique aujourd’hui 20 à 30 g de principe actif, elle passera alors au kilogramme. Pour cela, elle espère lever entre 600 000 euros et plusieurs millions d’euros auprès de business angels. « La situation économique est compliquée, mais en Asie nous observons une augmentation plus importante des subventions que dans les pays occidentaux. Nous espérons que malgré le contexte difficile, la santé restera préservée et que nous trouverons des financements afin d’apporter des solutions aux malades de Parkinson, voire d’Alzheimer », conclut le chercheur.