Ethylowheel : un dispositif made in France pour transformer le dépistage de l’alcool au volant

Innovation Article publié le 29 mai 2026 , mis à jour le 29 mai 2026

Cofondée par Jaime Alonso et Julie Bruguière, la start-up Ethylowheel développe EthyloKey, un dispositif connecté qui mesure l'alcoolémie par simple contact du doigt en vingt secondes. Accompagnée par IncubAlliance Paris-Saclay et incubée à Station F, la jeune entreprise a réalisé un lancement mondial de ce dispositif en janvier 2026, avec plus de 2 000 précommandes issues de 65 pays dès le premier mois.

En France, environ 1 000 personnes meurent chaque année dans des accidents liés à l'alcool au volant. Ce chiffre reste obstinément stable depuis des décennies, malgré les campagnes de prévention de la Sécurité routière. Pour Jaime Alonso, ingénieur formé à l'Institut Optique Graduate School, et Julie Bruguière, issue de l'Institut supérieur international du parfum, de la cosmétique et de l'aromatique alimentaire (ISIPCA) rattachée à l'Université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ), ce constat est à l'origine du projet Ethylowheel. « Nous voulions mettre la technologie au service de l'humain et avoir un impact réel sur la société », commente Jaime Alonso. Les deux cofondateurs identifient un angle mort : les dispositifs existants, à savoir les éthylotests à ballon ou électroniques avec embouts jetables, sont peu pratiques, coûteux à l'usage et presque jamais utilisés au bon moment, celui qui précède le démarrage du véhicule.

De l'école d'ingénieurs au marché mondial

Le projet de développer un éthylotest qui dépasse ces contraintes naît en 2019 dans le cadre de la filière innovation-entrepreneur·es (FIE) de l'Institut Optique Graduate School, qui permet aux étudiantes et étudiants de développer un projet entrepreneurial en parallèle de leur cursus. La crise sanitaire se révèle paradoxalement une opportunité car les stages annulés libèrent deux années consécutives, que Jaime Alonso consacre entièrement au prototypage et aux tests sur volontaires. Julie Bruguière rejoint l'aventure en 2020 et y apporte son expertise pour valider la faisabilité biologique et chimique du dispositif. La start-up Ethylowheel est officiellement créée en 2022, année où elle signe également un partenariat de 435 000 euros avec la Délégation à la Sécurité routière, qui finance le développement recherche et développement.

De la technologie au produit

Entre 2022 et 2024, Ethylowheel intègre le programme d'IncubAlliance Paris-Saclay, l'incubateur de la recherche publique du plateau de Saclay. Trois mois de formation intensive suivis de deux ans d'accompagnement personnalisé donnent aux deux cofondateurs les outils pour structurer leur démarche entrepreneuriale : stratégie produit, proposition de valeur, accès au marché. « Nous avions la technologie, pas le mode d'emploi pour en faire une entreprise. IncubAlliance Paris-Saclay nous a mis en face de professionnels qui avaient fait le chemin avant nous, ça n'a pas de prix », précise Jaime Alonso. 
En parallèle, le Design Spot de l'Université Paris-Saclay les accompagne pendant près de huit mois sur l'identité de marque et la conception industrielle du produit. « Nous sommes arrivés avec des prototypes plutôt informes, avec des fils disparates. Ils les ont transformés en un produit harmonieux et facilement maniable, ça a été un travail incroyable », se souvient Jaime Alonso. De la brique technologique brute émerge un objet esthétique premium, pensé pour tenir dans la poche.

S'entourer pour accélérer

En 2024, la start-up rejoint l'accélérateur industriel Software Republic, porté entre autres par Renault Groupe, Dassault Systèmes et Thales, qui leur ouvre un réseau de partenaires industriels et une crédibilité dans l'écosystème mobilité et technologies embarquées. Puis elle intègre le campus de start-up Station F en septembre 2025, où elle bénéficie de l'un des écosystèmes startup les plus denses d'Europe pour préparer son lancement commercial.

Un nouveau geste pour remplacer trente ans de souffle

La solution d'Ethylowheel est EthyloKey, un dispositif connecté, compact, qui mesure l'alcoolémie par contact cutané en vingt secondes, sans embout ni manipulation complexe. Le dispositif repose sur un principe physiologique, la perspiration insensible de l'éthanol. Une infime partie de l'alcool consommé est en effet éliminée par la peau, et des capteurs ultrasensibles, combinant mesures d'humidité, de température et de gaz, détectent ces molécules dans une microcavité fermée par la pression du pouce. Des algorithmes corrèlent les données pour délivrer à l’utilisateur ou l’utilisatrice, en vingt secondes, un résultat en trois niveaux : vert (moins de 0,2 g/L), orange (0,2 à 0,5 g/L) ou rouge. « Nous ne développons pas seulement un produit, nous créons un nouveau geste. Pendant trente ans, les gens ont soufflé, maintenant, ils posent un doigt. »

La technologie fait l'objet d'un brevet déposé en France, couvrant l'ensemble du dispositif, à savoir configuration mécanique en petit volume, assemblage multicapteurs et chaîne algorithmique de détection dynamique.

Un lancement mondial

La fabrication d’EthyloKey mobilise trois étapes : la coque et les pièces mécaniques sont produites en Chine, le circuit électronique PCB est fabriqué en France, où est également réalisé l'assemblage final et l'intégration des algorithmes de détection. Les conditions sont alors réunies pour apposer le label made in France. Affiché à 135 euros, soit le montant d'une amende pour alcoolémie délictuelle, le dispositif s'adresse d'abord à un public de 25-35 ans, particulièrement concerné par ces enjeux et sensible à la technologie et à la prévention routière.

Le lancement est orchestré le 8 janvier 2026, quelques heures avant le passage des cofondateurs dans l'émission Qui veut être mon associé ? sur M6. Ces derniers ouvrent alors les précommandes sur la plateforme Kickstarter et l'objectif initial est dépassé en moins d'une heure. Au total, plus de 2 000 unités sont précommandées depuis 65 pays au cours du seul mois de janvier, avec 36 % de commandes en provenance des États-Unis et 16 % de France. La clientèle se répartit entre 70 % de particuliers et 30 % d’entreprises disposant de flottes de véhicules ou de communes souhaitant intégrer EthyloKey dans leur politique de prévention. La ville de Puteaux (Hauts-de-Seine) figure parmi les premières collectivités à passer commande. Les livraisons sont prévues en octobre 2026, à l'issue de la première phase d'industrialisation.

Accélérer vers les États-Unis

Ethylowheel compte aujourd'hui deux salariés. Jaime Alonso est au poste de CEO et Julie Bruguière à la direction générale. Une équipe élargie d'une dizaine de collaborateurs et collaboratrices freelances couvre l'industrialisation, les relations presse, les réseaux sociaux et le déploiement commercial. La start-up recherche des investisseurs pour passer à 20 000 unités produites et accélérer son développement international. Elle vise un marché à très fort potentiel, avec deux milliards de conducteurs et conductrices dans le monde, dont 600 millions consomment régulièrement de l’alcool, et opère un focus particulier sur les États-Unis. Ce développement s’inscrit dans un contexte où le marché du hardware est jugé assez risqué car la production industrielle impose des investissements lourds et des délais parfois longs. « Nous souhaitons les encourager à prendre le risque de soutenir une innovation qui va sauver des vies à une échelle mondiale. Le lancement montre une énorme traction dès le premier mois, nous sommes confiants », s’enthousiasme Jaime Alonso.

La start-up Ethylowheel sera présente vendredi 19 juin 2026 sur le stand 3H19 de l'Université Paris-Saclay au salon Viva Technology 2026, Paris Expo, Porte de Versailles.