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Vincent Martinet : Trouver un équilibre durable entre l’être humain et la nature

Portraits de chercheurs Article publié le 17 juin 2022 , mis à jour le 20 juin 2022

Vincent Martinet est directeur de recherche au laboratoire Paris-Saclay Applied Economics (PSAE – Univ. Paris-Saclay, INRAE, AgroParisTech), professeur attaché à l’ENS Paris-Saclay et directeur-adjoint Recherche de la Graduate School Economics & Management de l’Université Paris-Saclay. Il applique ses travaux en économie de l’environnement et des ressources naturelles au développement durable, et à la recherche de modèles de production et de consommation respectueux de l’environnement.

Vincent Martinet est ingénieur agronome depuis vingt ans. Tout commence en 1999 : après une classe préparatoire scientifique, il réussit le concours agronomique et intègre AgroParisTech. Il découvre l’écologie puis l’économie des ressources naturelles auprès de Jean-Christophe Bureau. Il obtient son diplôme d’ingénieur en 2002. Après un master en économie de l’environnement et des ressources naturelles, il s’intéresse à la problématique du développement durable dans le cadre d’une thèse dirigée par Gilles Rotillon à l’Université de Nanterre. Il la soutient en 2005 et reçoit pour celle-ci le prix de la Chancellerie des universités de Paris.

La gestion durable des pêches

Puis le jeune chercheur décide de partir en post-doc au département d’économie maritime de l’Ifremer à Brest. « J’ai travaillé pendant deux ans sur l’économie des pêches et la gestion durable des pêcheries. » C’est en Bretagne que se fait pour la première fois le lien entre écologues et mathématiciennes et mathématiciens. « Je créais des modèles dynamiques afin d’étudier les enjeux économiques, écologiques et sociaux pour la restauration des pêcheries en crise. » Par la suite, il continue à travailler sur la gestion durable des pêches dans le cadre de projets internationaux visant notamment à éclairer la prise de décisions publiques au Chili et au Pérou, pays où cette filière a un poids économique et social plus important qu’en France. 

Évolution de carrière

En 2007, l’économiste est recruté à l’INRAE en tant que chargé de recherche et rejoint le laboratoire Économie publique pour ne plus le quitter, excepté lors d’un second post-doc au Canada en 2010. « Si un séjour à l’étranger n’a pas été réalisé avant le recrutement, l’INRAE l’impose par la suite. Je suis donc parti un an à HEC Montréal et ai été accueilli au Groupe d’études et de recherche en analyse décisionnelle (GERAD). Cet environnement international a été très stimulant. Ayant conservé de nombreuses collaborations, j’y retourne régulièrement. » Le jeune chercheur en profite aussi pour rédiger un ouvrage sur l’économie du développement durable, publié en 2012. La même année, il obtient l’habilitation à diriger des recherches et devient, quatre ans plus tard, directeur de recherche. Dès 2008, Vincent Martinet commence à enseigner dans le master 2 d’économie de l’environnement. Depuis 2020, il est le premier à bénéficier du nouveau statut de professeur attaché à l’ENS Paris-Saclay réservé aux chercheurs et chercheuses de l’INRAE.

L’économie au service des enjeux de l’agriculture, de l’environnement et de l’alimentation

Son laboratoire actuel, Paris-Saclay Applied Economics (PSAE), est un laboratoire d’économie appliquée à l’agriculture, l’environnement et l’alimentation qui regroupe une soixantaine de chercheurs et chercheuses, enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs, doctorantes et doctorants. Le laboratoire a été créé en 2022, de la fusion des unités Économie publique (Univ. Paris-Saclay, INRAE, AgroParisTech) et Alimentation et sciences sociales (ALISS – Univ. Paris-Saclay, INRAE). Il rejoint le plateau de Saclay à l’été 2022, sur le campus Agro Paris-Saclay.

Les recherches couvrent tout le spectre de la production à la consommation : impact de la production sur l’environnement, études des filières et des marchés internationaux, liens environnement-alimentation-santé. Les chercheurs et les chercheuses de PSAE sont souvent sollicités pour aider à l’orientation des politiques publiques. Par exemple, elles et ils participent au Programme prioritaire de recherche « Cultiver et protéger autrement », dans le cadre d’un programme d’investissement d’avenir porté par l’Agence nationale de la recherche (ANR).

Modéliser les dynamiques agroécologiques

Les recherches de Vincent Martinet se divisent en deux axes. Le premier concerne la mesure de la durabilité et la question de la décroissance matérielle. « Nous ne pouvons pas concevoir aujourd’hui une politique de développement durable sans penser les questions d’inégalités intragénérationnelles. Dans une récente publication scientifique sur les liens entre équité intragénérationnelle et équité intergénérationnelle, nous montrons que pour atteindre une équité intergénérationnelle dans un monde inégalitaire, il est nécessaire de suivre une trajectoire de décroissance différenciée, avec croissance du pays défavorisé et décroissance du pays riche. » 

Le second axe de ses recherches relève de l’agroécologie, à l’interface entre l’économie, l’agronomie et l’écologie. « Nous étudions l’apport de services écosystémiques par les paysages agricoles, ses conditions et les politiques publiques à mettre en place pour le favoriser. Nous nous intéressons par exemple au lien entre l’écologie des populations d’auxiliaires et celles des ravageurs des cultures, à l’influence de la structure et de la composition du paysage sur cette dynamique, et aux politiques publiques à instaurer pour que les agriculteurs changent la structure du paysage. »

Vincent Martinet collabore avec des écologues et des mathématiciennes et mathématiciens pour modéliser ces dynamiques écologiques. Depuis deux ans, il co-pilote une expertise collective (ESCo INRAE) pour les ministères de l’Agriculture et de l’Alimentation, de la Transition écologique, et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. « Nous travaillons sur la régulation naturelle des bioagresseurs. Il s’agit de voir comment utiliser les leviers agroécologiques pour protéger les cultures et diminuer l’utilisation des pesticides. »

Une Graduate School (GS) à l’interface de multiples disciplines tournées vers la défense de l’environnement

Vincent Martinet devient le directeur-adjoint Recherche de la Graduate School Economics & Management (2 000 étudiantes et étudiants, 23 masters) à l’été 2020. Il a pour tâche d’orchestrer les douze laboratoires de la GS autour d’une stratégie scientifique commune, portant notamment sur le développement durable. « L’Université Paris-Saclay recèle de nombreuses interfaces possibles avec l’économie et le management qu’il faut développer. Les travaux de recherche sont interdisciplinaires et sont réalisés en collaboration avec les sciences du climat, l’agronomie, l’écologie ou l’ingénierie et nos collègues du CEA, d’AgroParisTech ou de CentraleSupélec. » La santé globale est un des axes émergents. « Cet axe examine les liens alimentation-santé sous un angle concerté avec les autres disciplines. D’autres axes concernent la protection des plantes et celle des animaux, en lien avec la santé humaine et le management de la santé. Tous répondent à des questions sociétales. »

Vincent Martinet et ses collègues s’appliquent à fédérer et animer les équipes des instituts, des établissements et des laboratoires situés dans le périmètre de la GS. En avril 2022, un premier workshop international dédié à la question de l’économie et management du changement climatique a permis à la GS d’être visible en interne et à l’international. « L’an prochain, il sera sur la santé globale. »

Les thèmes de formation et de recherche de la Graduate School séduisent, entre autres, des étudiantes et étudiants très sensibilisés aux questions environnementales. « Les masters refusent des candidates et des candidats qui viennent de formations prestigieuses en France et à l’étranger car nous n’avons pas assez de places », déplore Vincent Martinet. Pour autant, il encourage vivement la communauté étudiante à persévérer. « La recherche est un métier fantastique. Elle procure une liberté intellectuelle sans pareil, stimule la curiosité et développe la créativité, à l’égal des métiers artistiques. Nous tentons de nous réinventer sans cesse. »