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Philippe Achilleas : le droit à la conquête de l’espace et des technologies

Portraits de chercheurs Article publié le 29 juillet 2021 , mis à jour le 29 juillet 2021

Philippe Achilleas est professeur des universités en droit public à la Faculté Jean Monnet (Droit, économie, gestion) de l’Université Paris-Saclay, responsable du master 2 Droit des activités spatiales et des télécommunications (DAST) et directeur de l’Institut du droit de l’espace et des télécommunications (IDEST – Univ. Paris-Saclay). Spécialiste du droit de l'espace et des technologies, il a à cœur, depuis plus de vingt ans, de créer des ponts entre les disciplines et les cultures. 

Rien ne prédestinait Philippe Achilleas à se consacrer au domaine de l’espace. Après des études de droit international principalement effectuées à la Faculté Jean Monnet, il achève son cursus au début des années 2000 avec une thèse consacrée à la télévision par satellites. « À l’époque, ce qui m’intéressait c’était la réception culturelle des programmes étrangers dans un monde globalisé », se souvient le chercheur. C’est lorsque l’Agence spatiale européenne (ESA) lui ouvre ses portes dans le cadre de sa thèse qu’il prend un virage déterminant pour sa carrière. « Je me suis vraiment senti happé par ce monde du spatial. Moi qui n’avais jamais rêvé d’espace, j’ai été séduit par ce milieu de passionnés, international, où l’interculturel jouait à plein », explique Philippe Achilleas. Jeune docteur, il décide alors de se spécialiser en droit de l’espace, une spécialité encore confidentielle, pour ne pas dire marginale, avec laquelle il n’est pas facile de trouver sa place au sein de l’université. Heureusement, Philippe Achilleas peut compter sur le soutien conjoint de Jean-Pierre Faugère, doyen de la Faculté de droit de Sceaux, et de Xavier Chapuisat, président de l’Université Paris-Sud qui, conscients du besoin de formation dans ce domaine en émergence, n’hésitent pas à unir leurs forces pour donner naissance au master 2 Droit des activités spatiales et des télécommunications.

 

Une approche professionnalisante, internationale et interdisciplinaire

À la tête de ce master créé avec le soutien des grandes institutions et entreprises du secteur, Philippe Achilleas a toujours eu pour ambition première la professionnalisation de ses étudiants et de ses étudiantes. « Me sentant particulièrement responsable de leur devenir professionnel, j’ai fait le choix, très tôt, de délocaliser une partie des cours du master chez les principaux acteurs du secteur des télécommunications et de l’espace, multipliant ainsi les connexions avec le monde économique. Une démarche qui, dans les années 2000, n’était pas toujours très bien vue dans le milieu universitaire », précise Philippe Achilleas. Deux autres principes chers au chercheur - l’ouverture internationale et l’approche interdisciplinaire - président également à la création de ce master. Inscrits dans l’ADN de cette formation, ils constituent d’ailleurs une sorte de fil rouge dans la carrière de Philippe Achilleas. « Je me réjouis aujourd’hui de compter plus d’une dizaine de nationalités dans chacune des promotions du master, de travailler sur les questions de droit des technologies en partenariat avec des pays du monde entier – de la Chine au Sénégal – et de voir mes étudiants en droit collaborer régulièrement avec des étudiants en aéronautique ou en astrophysique. Avoir réussi à créer ces ponts est sans aucun doute l’une de mes plus grandes fiertés », témoigne Philippe Achilleas. 

 

Espace et télécommunications : deux domaines qui bousculent la recherche en droit

En parallèle du lancement de ce master, Philippe Achilleas crée l’Institut du droit de l’espace et des télécommunications (IDEST) dont les recherches couvrent, côté spatial, tous les aspects juridiques liés à l’utilisation de l’espace et aux applications spatiales, et côté télécommunications, tous les aspects de régulation des marchés, d’utilisation des ressources, d’accompagnement des usages ou encore de cybersécurité. « Dans ces deux domaines de recherche, les choses se sont particulièrement accélérées au cours des dix dernières années avec, d’un côté, l’arrivée du Newspace et, de l’autre, la généralisation du smartphone. » Deux ruptures qui, en plus de transformer le monde, ont particulièrement bousculé le travail des juristes. « Alors que notre mission consistait jusque-là à accompagner les grands programmes spatiaux européens ou le développement des réseaux de télécommunication, et ce dans le cadre d’industries établies, nous nous sommes retrouvés du jour au lendemain presque sommés de mobiliser nos compétences dans l’urgence pour faire face aux problématiques nouvelles et accompagner les transitions. » Ainsi, les équipes de l’IDEST travaillent actuellement, dans le cadre d’un contrat Horizon 2020, au cadre juridique qui permettrait aux États de l’Union européenne de se doter d’un système de gestion du trafic spatial. Elles se mobilisent également sur les problématiques d’usage des nouvelles technologies. « Aujourd’hui, on attend de plus en plus du juriste qu’il développe une approche critique et qu’il s’implique dans les débats sociétaux. Un travail qui, pour les chercheurs que nous sommes, s’avère particulièrement passionnant. »

 

Des regards croisés pour penser l’avenir

Or cette mission nouvelle, Philippe Achilleas a bien conscience que les juristes ne pourront la réaliser seuls. Lui qui est également membre de la délégation française à l’ONU pour les affaires spatiales et expert en numérique auprès de l’Organisation internationale de la francophonie, sait combien il est aujourd’hui déterminant de constituer des collectifs pour répondre aux défis sociétaux et économiques liés au développement des technologies. « Nous ne parviendrons à proposer des solutions à la hauteur des enjeux qui sont aujourd’hui les nôtres qu’en renforçant les liens entre l’université et l’entreprise, comme nous le faisons par exemple depuis 2012 au sein de la chaire internationale du droit des technologies et des services du futur aux côtés de partenaires tels qu’Orange, Thales, Airbus ou Ariane Groupe. » Une chaire portée par la Fondation Paris-Saclay Université dont la thématique de recherche pour les trois prochaines années - Technologie et progrès - questionnera la manière dont le droit peut créer des équilibres pour renforcer la confiance du public vis-à-vis de la technologie. Cette interdisciplinarité, Philippe Achilleas la vit également dans le cadre du groupement d’intérêt scientifique (GIS) sur le droit de l’espace, dont il est le directeur scientifique. « Constitué entre l’Université Paris-Saclay et le Centre national d’études spatiales (CNES), ce GIS est à mon sens un excellent exemple de l’effort d’institutionnalisation des relations que nous devons porter », ajoute le chercheur. 

 

Deux mots d’ordre : dialoguer et rêver

S’il est une constante dans le parcours de Philippe Achilleas, c’est bien son goût pour le dialogue. « Que ce soit entre cultures, entre pays ou entre disciplines, j’ai toujours pensé que c’est en nous parlant davantage que nous parviendrons à construire un avenir commun. C’est pourquoi je mets un point d’honneur à ce que cette ouverture internationale et disciplinaire soit présente aussi bien dans mes enseignements que dans mes recherches », confirme-t-il. Lorsqu’il regarde dans le rétroviseur, Philippe Achilleas reconnaît en revanche qu’il n’enseigne plus du tout de la même manière qu’au début de sa carrière. « À l’époque, je pensais que les rêveurs n’avaient pas leur place dans nos disciplines. Puis la génération Space X, que j’ai pu côtoyer lorsque j’enseignais aux États-Unis, m’a prouvé le contraire ! Je suis aujourd’hui intimement convaincu que nous devons davantage faire rêver nos étudiants si nous voulons, nous aussi en Europe, réussir à innover en matière de droit de l’espace et des technologies. »